
La situation dramatique de notre patrimoine religieux dans les petites communes amène à réfléchir au temps long de notre histoire. Tout se passe comme si notre histoire d'avant 1789 se trouvait occultée. Encore aujourd'hui, nombre de Bretons considèrent avec méfiance cette histoire longue lorsqu'ils ne l'ignorent pas. Or qu'on le veuille ou non, que l'on soit croyant ou pas, notre histoire est étroitement reliée au fait religieux. Cette histoire nous rappelle que nous sommes un peuple venu en Armorique derrière des moines en quête d'une terre promise. Il faut juste en prendre...
Quelques événements récents dont la prise de conscience de la grande fragilité de notre patrimoine religieux, avec comme exemple l’église d’Ouessant menacée dans son existence même, m’ont fait réfléchir à l’urgence de renouer avec notre histoire.
L’Histoire de la Bretagne, on le sait, n’est enseignée nulle part ou presque. L’Éducation nationale, bonne mère, autorise les enseignants à recourir à des exemples locaux pour illustrer tel ou tel apprentissage, et c’est tout. Autrement dit rien. Les jeunes bretons sont élevés comme des Français au mépris de leur patrimoine culturel et historique. L’Éducation nationale fait de nos enfants des étrangers à eux-mêmes.
Le plus significatif peut-être, est que nombre de militants bretons rechignent à prendre en compte la dimension religieuse de notre patrimoine culturel et historique, au nom d’une laïcité mal pensée.
La religion est une affaire strictement personnelle, c’est entendu. Mais qu’en est-il lorsqu’un peuple s’est constitué sur le mode religieux et dans le contexte d’une migration vers une terre promise dénommée Armorique, derrière des moines et des chefs de Guerre ? Qu’on le veuille ou non, la Bretagne a été fondée par des moines. C’est du moins l’histoire qui nous a été transmise par les plus vieux écrits que nous possédions. Notre peuple vient de la grande île et déjà, là-bas, il était converti au christianisme celtique. Il en résulte que notre patrimoine est largement marqué par la religion.
Notre histoire ne commence pas en 1789 ni en 1905. Alors on fait quoi de notre passé lointain ? On le maintient sous le boisseau ? J’avoue que j’ai peine à comprendre comment songer à l’émancipation d’un peuple au mépris de son histoire longue.
On me dira que les préoccupations des gens ne sont pas là ! La moindre des choses que l’on doit aux femmes et aux hommes, c’est de ne pas tronquer leur histoire et de l’enseigner à leurs enfants. Qui plus est, nombre de nos concitoyens athées n’imaginent pas que l’église de leur village tombe en ruines.
Lorsque nos églises prennent l’eau, c’est notre histoire qui s’efface. Nos églises et nos édifices religieux, comme notre patrimoine mégalithique et celto-druidique, sont les dernières traces de notre histoire. Ils nous disent que nous ne sommes pas que le produit d’une Histoire officielle et tronquée, mais qu’il y a quelque chose d’autre derrière, que l’on nous cache depuis si longtemps. La vérité se situe toujours dans ce que l’on nous cache. Saint pol aurélien, dont l’église est menacée à Ouessant, n’était pas un moine parisien, mais un moine breton qui parlait en latin et dans notre langue bretonne.
Bien sûr, connaître son histoire ne signifie pas adhérer. Ce sont là deux choses différentes.
Notre histoire longue justifie le combat pour l’émancipation de notre peuple, pour l’accès à ses droits, à son histoire, à sa culture et à ses langues. Sinon le socialiste Loïg Chesnais-Girard serait dans le vrai avec cette Bretagne croupion-région qu’il ne défend même pas dans ses intérêts et qui ne saurait être le lieu de vie d’un peuple distinct. Une simple région comme ailleurs, aussi morne que soumise à Paris et à ses réseaux de pouvoir.
Plus que jamais nous devons retrouver le temps long de notre Histoire, dans toutes ses dimensions, que nous soyons croyant ou pas, qu’importe. Notre Histoire nous renvoie à notre altérité et nous rappelle que nous sommes un peuple ! C’est ça l’important.
En quoi la laïcité et le libre choix feraient-ils obstacles à la prise en compte de notre temps long historique ? C’est comme si les catholiques fervents se mettaient soudainement à faire l’impasse sur la laïcité et ses implications.
Cette vision de la Bretagne tronquée dans sa géographie, comme dans son Histoire au nom d’une laïcité mal pensée, nous conduit à la situation actuelle, avec la domination sans partage de Paris pour ce qui est la dépense publique, et la destruction progressive de nos édifices religieux faute de moyens financiers.
Il n’y a plus d’argent dans les caisses puisque notre argent s’en va à Paris. Et nombre de nos édiles considèrent le patrimoine religieux comme secondaire, lorsqu’ils ne souhaitent pas l’abattre.
Souvenons-nous de la décision de la région Bretagne de débaptiser la fête de la saint Yves créée à Nantes pour l’appeler fête de la Bretagne. Nos élus, sous l’empire de la pensée d’Etat, ont peur de notre histoire. Les Irlandais sont beaucoup moins stupides.
Le chemin est long pour qui veut s’émanciper. On ne le fait jamais au mépris de son Histoire.
Yvon Ollivier
auteur
evezhiadennoù (11)
juste et pertinente !
A
Les Bretons manifestent ainsi que leur civilisation et leur culture viennent de très loin dans le temps et l'espace celtique incluant la Grande Bretagne.
Sauf erreur ou omission : 300,000 visiteurs par an. Ce chiffre en dit long et en impose.
Il signifie qu'au delà de la propagande officielle, de la réécriture de l'histoire (d'ailleurs pas enseignée), de la lutte pour la sauvegarde des langues, de la pratique quotidienne des usages domestiques et rapports sociaux, ... quelque chose de l'essence de la vie celtique et bretonne résiste, persiste, perdure, persévère.
Les Bretons sont donc fiers de cette histoire qui constitue leur patrimoine.
A
Nos chapelles et églises souffrent et avec elles toute l'Eglise bretonne ! Elle est devenue étrangère à elle-même en effaçant notre langue et nos cantiques. Nombre d'animateurs ne sont plus bretons ou ont passé toute leur vie à l'extérieur...les quelques locaux sont souvent atteints du syndrome de bécassine ! Les offices manquent de saveur ! Face à la disparition prochaine de tous ce patrimoine, je viens de réaliser le collectages de 125 cantiques du Pays Pourleth, on les a enregistrés et mis en ligne. Vous pouvez les écouter sur la chaîne youtube : iliz bro Pourleth.
Il faudrait que chaque pays bretonnant puisse en faire autant avant que tout ce patrimoine disparaisse totalement ! En espérant que la génération montante se l'approprie !
Sans s'attarder sur les fonds importants engloutis dans la cathédrale ND de Paris, l'Etat et les communes assurent l'entretien de ces innombrables édifices qui ne servent à rien d'autre qu'au culte encore aujourd'hui : point de commerçants, de transformations en logements, en salle de concert, que sais-je dans 99 % des cas (il n'est pas rare en revanche que les Temples protestants dans nos contrées soient reconvertis à d'autres usages et mis en vente).
En Bretagne, nous connaissons tous des bourgs de 300 âmes dans les Terres notamment par exemple qui comptent 1 ou Eglises, 2 chapelles si ce n'est plus.
L'an dernier, j'ai pu donner 1000 € de dons pour l'entretien et réhabilitation des Eglise de petites communes, avec déduction fiscale à hauteur de 75 %. C'est un taux exceptionnel pour un don.
Je ne vois pas trop que la collectivité peut faire de beaucoup plus, hormis un investissement des particuliers eux-mêmes pour ce patrimoine.
Le Vatican n'a pas les moyens d'entretenir tout cela. Il faut rappeler que toute la société, l'Economie de toutes les principautés et Nations d'Europe Occidentale était tournée vers l'Eglise catholique à l'époque médiévale en particulier. Le Pape lui-même à la Renaissance était l'Homme le plus riche d'Occident.
Dans un Etat Laic, le budget ne peut plus être tout-dédié à l'Eglise. D'autant que la pratique diminue.
Pour moi dans une société française qui plus est de plus en en plus urbaine, il faut urgemment repenser le rôle de chacun. Il faut maintenir l'idée d'une véritable Eglise comme lieu de culte entretenu (bâtiment) par les collectivités mais à l'échelle d'une Eglise par commune, pas plus. Comme le nombre de communes diminue, il conviendrait de séculariser beaucoup plus les plus petites, les chapelles également, en les transformant à d'autres usages que le culte tout en maintenant un cahier des charges de pure dimension patrimoniale à respecter. Leur donner une deuxième vie pour conserver l'essentiel, leur caractère mémoriel, artistique et patrimonial.
" Les Palmyréniens sont donc des Araméens, mâtinés d'éléments Arabes, qui ont persisté à parler l'araméen en famille comme tous les Syriens, mais aussi à l'écrire concurremment au grec ; leurs riches mausolées familiaux ont souvent une inscription bilingue à leur porte, mais à l'intérieur l'épitaphe de chaque défunt n'est qu'en araméen ; la bilingue attestait l'intérêt que la famille portait au vaste monde." (p.53)
Ainsi l'araméen, "grande langue de civilisation" (p.12), a pu exister et se transmettre parce que les habitants de Palmyre et d'ailleurs l'on protégé en le pratiquant en famille et dans la vie privée.
Et l'on se dit que si beaucoup plus tard, les Baltes, les Hébreux, les Québequois, les Polonais, et tant d'autres peuples occupés ou asservis ont su sauver leur langue en la pratiquant au moins dans la vie privée, les Bretons d'aujourd'hui ont sans doute les capacités et moyens disponibles pour ainsi sauver leurs langues.
Ce fait anthropologique est une leçon de l'histoire qui oblige.
A
Raisonnablement , seuls les spécialistes des différents domaines de recherche sont en mesure de nous "dire l'histoire" en l'état actuel des connaissances !