
Les fouilles menées à Vieux-Vy-sur-Couesnon, en Ille-et-Vilaine, révèlent l'organisation d'une vaste agglomération gauloise de 125 hectares. Cette découverte vient enrichir un ensemble déjà considérable de vestiges de la civilisation gauloise en Bretagne, de Paule au Yaudet, en passant par Huelgoat et Tronoën. Elle invite également à revenir sur les affirmations de l'archéologue Yannick Lecerf, selon lequel les Celtes ne seraient jamais venus en Bretagne.
Les fouilles menées à Vieux-Vy-sur-Couesnon, en Ille-et-Vilaine, révèlent l'organisation d'une vaste agglomération gauloise de 125 hectares. Cette découverte vient enrichir un ensemble déjà considérable de vestiges de la civilisation gauloise en Bretagne, de Paule au Yaudet, en passant par Huelgoat et Tronoën. Elle invite également à revenir sur les affirmations de l'archéologue Yannick Lecerf, selon lequel les Celtes ne seraient jamais venus en Bretagne.
Un oppidum de 125 hectares aux portes de Rennes
Une deuxième campagne de fouilles vient de s'achever sur le site du Bourguel, à Vieux-Vy-sur-Couesnon, au nord-est de Rennes. Les archéologues y étudient l'un des plus vastes oppida gaulois connus en Bretagne, dont la superficie est estimée à 125 hectares.
Attribué aux Riedones, peuple gaulois qui occupait notamment le bassin rennais avant la conquête romaine, cet ensemble fortifié fait l'objet de recherches dirigées par Hervé Duval-Gatignol et Yann Dufay-Garel, dans le cadre du programme collectif AGGLO, consacré aux agglomérations de la fin de l'âge du Fer dans le nord-ouest de la Gaule.
Les dernières fouilles ont notamment permis d'identifier des fossés bordant des voies de circulation, plusieurs puits, des structures creusées dans le sol ainsi qu'une possible installation artisanale. Ces découvertes confirment l'existence d'une organisation interne structurée, caractéristique d'une importante agglomération gauloise.
Les recherches antérieures avaient déjà permis d'identifier les fortifications du site et de recueillir du mobilier archéologique. La présence d'amphores, signalée dans la presse, témoignerait également des échanges commerciaux auxquels participaient ces populations.
Les archéologues envisagent de poursuivre leurs investigations en 2027.
Paule, Huelgoat, Le Yaudet, Bourguel : les villes et forteresses gauloises de Bretagne
Vieux-Vy-sur-Couesnon est loin de constituer un cas isolé. Plusieurs sites majeurs témoignent de l'importance de la civilisation gauloise dans la péninsule armoricaine.
À Paule (Côtes-d'Armor), les fouilles du camp de Saint-Symphorien, commencées en 1988 sous la direction successive de plusieurs archéologues, notamment Yves Menez, ont révélé un vaste habitat aristocratique occupé du VIe au Ier siècle avant notre ère. Fortifications, fossés, souterrains, réserves de céréales, ateliers métallurgiques, amphores et monnaies y ont été découverts. La célèbre statuette à la lyre, représentant un personnage portant un instrument à cordes, constitue l'une des découvertes les plus remarquables de l'archéologie gauloise armoricaine. L'agglomération aurait atteint une trentaine d'hectares.
À Huelgoat (Finistère), le camp d'Artus est un oppidum d'environ 30 hectares, doté de puissantes fortifications. Fouillé notamment par l'archéologue britannique Mortimer Wheeler dans les années 1930, il présente un rempart de type murus gallicus, technique de construction caractéristique de plusieurs grandes fortifications gauloises.
Au Yaudet, à Ploulec'h (Côtes-d'Armor), les fouilles menées de 1991 à 2002 ont révélé une occupation remontant à la préhistoire, puis d'importantes fortifications de l'âge du Fer. Le site, dominant l'estuaire du Léguer, témoigne également de la place des échanges maritimes dans l'économie armoricaine.
À Tronoën, en Saint-Jean-Trolimon (Finistère), près de la baie d'Audierne, les fouilles anciennes ont mis au jour un sanctuaire gaulois comportant des armes volontairement pliées ou mutilées, des fibules et des fragments d'un casque italo-celtique. Ces dépôts rituels attestent de pratiques religieuses comparables à celles observées dans d'autres sanctuaires de la Gaule.
Ces sites ne constituent qu'une partie des habitats fortifiés, établissements ruraux et lieux de culte de l'âge du Fer identifiés dans la péninsule.
Les Celtes ne seraient jamais venus en Bretagne ?
Ces découvertes interrogent les positions défendues par l'archéologue Yannick Lecerf, auteur notamment de Bretons et Celtes : les incertitudes de la celtitude (2017) et d'Une autre histoire de la Bretagne vue par l'archéologie : au-delà du mythe celte (2023).
Dans un entretien accordé à La Nouvelle République, il déclarait : « Les Celtes ne sont jamais venus en Bretagne. » Selon son interprétation, les migrations celtiques issues d'Europe centrale auraient contourné la péninsule armoricaine, dont les populations auraient conservé une identité culturelle ancienne, héritée du Néolithique.
Cette hypothèse soulève néanmoins une question : comment expliquer l'existence, en Armorique, de grandes agglomérations fortifiées, de sanctuaires, de monnaies et d'objets appartenant à la civilisation gauloise de l'âge du Fer ?
La réponse dépend en partie de ce que l'on entend par « Celtes ». La présence d'une culture matérielle gauloise ne prouve pas nécessairement une migration massive de populations venues d'Europe centrale. Une civilisation peut également se diffuser par les échanges, les contacts, les évolutions linguistiques et les transformations des sociétés locales.
En revanche, les vestiges archéologiques établissent incontestablement que les peuples de l'Armorique participaient à la civilisation gauloise de l'âge du Fer.
Une civilisation celtique née sur la façade atlantique ?
L'archéologue britannique Sir Barry Cunliffe, professeur émérite à l'université d'Oxford, a proposé une autre lecture des origines celtiques. Selon son hypothèse, les langues celtiques auraient pu se développer beaucoup plus tôt qu'on ne le pensait, dès l'âge du Bronze, au sein des réseaux d'échanges reliant les populations de la façade atlantique européenne.
Cette théorie remet en question le modèle traditionnel faisant de l'Europe centrale, autour des cultures de Hallstatt et de La Tène, le foyer exclusif de la diffusion celtique.
Barry Cunliffe connaît particulièrement bien l'Armorique : il a codirigé avec Patrick Galliou les fouilles du Yaudet , l'un des principaux sites fortifiés de la côte nord bretonne.
Son hypothèse, présentée notamment dans ses travaux sur les Celtes de l'Atlantique, ne fait cependant pas l'unanimité parmi les chercheurs. Elle montre que la question des origines celtiques reste ouverte, particulièrement pour les périodes antérieures à l'âge du Fer.
On parlait une langue celtique sur la côte ouest de l'Europe il y a 4000 ans
Une Armorique pleinement intégrée au monde gaulois
À la veille de la conquête romaine, la péninsule armoricaine était occupée par plusieurs peuples connus des auteurs antiques, notamment les Osismes à l'ouest, les Vénètes au sud, les Coriosolites au nord-est, les Riedones autour de Rennes et les Namnètes dans la région de Nantes.
Vous avez dit "Celtique" ? La part des Celtes dans la péninsule armoricaine (mise à jour)
Ces peuples possédaient leurs propres territoires, leurs organisations politiques, leurs réseaux commerciaux et leurs traditions religieuses. Ils frappaient également monnaie, comme en témoignent les nombreuses découvertes numismatiques effectuées en Bretagne.
La découverte de Vieux-Vy-sur-Couesnon ne prouve donc pas que les Celtes seraient arrivés en Armorique à une date précise. Elle apporte en revanche de nouveaux éléments à une réalité archéologique déjà abondamment documentée : bien avant l'arrivée des Romains, la Bretagne armoricaine appartenait au monde gaulois.
Reste à comprendre comment cette civilisation s'y est développée : par migrations, par diffusion culturelle, par contacts commerciaux, ou par une combinaison de ces différents processus.
evezhiadennoù (0)
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